La plupart des entrepreneurs qui entrent pour la première fois dans un contrat CCP (Conception-Construction Progressif) ou RPI (Réalisation de Projet Intégrée) font la même erreur : ils appliquent leur réflexe traditionnel de gestion des coûts à un modèle de réalisation qui fonctionne selon une logique inverse.
En mode traditionnel, le prix est fixé avant de commencer. Le contrôle des coûts, c’est l’art de ne pas dévier de ce prix.
En mode collaboratif, le prix se construit en même temps que la conception. C’est un changement de paradigme complet.
Mode CCP et RPI : Pourquoi l’erreur est si fréquente?
Dans un modèle conventionnel, l’estimateur entre en scène une fois les plans suffisamment avancés. Son rôle : traduire une conception en chiffres.
En CCP ou en RPI, il doit être dans la salle dès les premières esquisses. Pas pour valider, mais pour influencer. Chaque choix de conception a un impact coût, et si personne n’est là pour le quantifier au moment où la décision se prend, l’opportunité est perdue.
Les entrepreneurs qui réussissent en mode collaboratif ont compris que leur estimateur est aussi stratégique que leur gestionnaire de projet dans les phases en amont. Et ceux qui n’ont pas cette ressource disponible en interne font appel à des spécialistes externes pour couvrir ces phases critiques sans alourdir leur structure permanente.
La vraie valeur du « livre ouvert »
La transparence financière est souvent présentée comme une contrainte des modes collaboratifs. En réalité, cela peut devenir un avantage.
Quand le client peut voir les estimations, les marges et les sous-contrats, deux choses se produisent :
- Les discussions sur les coûts deviennent des conversations sur la valeur.
- Les réclamations perdent leur terrain fertile.
Les différends en construction naissent rarement d’une mauvaise foi, mais souvent du manque d’information ou de communication. Le livre ouvert élimine cet enjeu.
Travailler en mode collaboratif : trois ajustements
Mobiliser son expertise plus tôt
Les ateliers de co-conception ne sont pas optionnels. C’est là que se jouent les décisions qui détermineront si le projet sera rentable pour tout le monde.
Structurer sa gestion des risques autrement
En mode traditionnel, les risques sont intégrés dans les prix. En mode collaboratif, ils sont identifiés, évalués et partagés explicitement entre les parties. Ça demande une discipline différente, et souvent, des outils différents.
Accepter que la performance est collective
Dans un contrat RPI notamment, si le projet dépasse le prix cible, personne ne fait de profit. Si le projet performe, les économies sont partagées. C’est un modèle qui récompense l’alignement et qui punit le cloisonnement.

La question à se poser : votre organisation est-elle prête à collaborer?
Votre organisation est-elle structurée pour collaborer dès la phase de conception, ou est-elle encore optimisée pour répondre à des appels d’offres?
Ce n’est pas un jugement, c’est un diagnostic. Et c’est la première question à répondre avant d’accepter un mandat en mode collaboratif.
Les modes collaboratifs ne sont pas une tendance. Ils deviennent progressivement la norme dans les grands projets publics et privés au Québec. Les entrepreneurs qui s’y préparent maintenant auront une longueur d’avance significative sur ceux qui s’adapteront sous pression.
Vous avez des questions sur l’intégration des modes collaboratifs dans vos pratiques de gestion? Contactez notre équipe.


