L’industrie de la construction est en pleine transformation. Longtemps marquée par des relations contractuelles rigides et une logique de cloisonnement entre les acteurs, elle évolue aujourd’hui vers des modes collaboratifs en construction. 

En 2025, cette transition s’accélère avec l’adoption du projet de loi 62, qui ouvre la voie à des expérimentations de modes collaboratifs dans le secteur public. 

Mais pourquoi cette évolution et quelles sont ses implications pour les donneurs d’ouvrage et les entreprises ? 

Un changement attendu depuis des années 

L’adoption des modes collaboratifs ne se fera pas du jour au lendemain. Depuis plus de quinze ans, l’industrie de la construction au Québec a connu de nombreuses initiatives visant à réduire les conflits contractuels et améliorer l’efficacité des projets. 

Jusqu’à récemment, la méfiance et la rigidité contractuelle dominaient les relations entre les parties prenantes. Les contrats étaient conçus pour transférer les risques aux entrepreneurs plutôt que de les partager.  

Ce modèle a conduit à de nombreuses reprises à des dépassements de coûts, des retards et une baisse de la qualité des ouvrages. Face à ces enjeux, de nouveaux modèles de gestion ont émergé, mettant l’accent sur la collaboration et la confiance mutuelle. 

Le projet de loi 62 : une révolution pour la construction publique 

Adopté récemment, le projet de loi 62 permet aux organismes publics d’expérimenter des modes collaboratifs, notamment à travers les prix cibles et les contrats à budget ouvert. Concrètement, cela signifie que les donneurs d’ouvrage et les entrepreneurs pourront définir ensemble un coût prévisionnel réaliste, plutôt que de fonctionner avec un modèle basé uniquement sur l’offre la plus basse. 

Cette évolution marque un changement profond dans la gestion des risques en construction. Plutôt que de chercher à minimiser les coûts à tout prix, les acteurs du projet seront incités à travailler ensemble pour trouver des solutions optimales, économiquement viables et techniquement adaptées. 

Une industrie mûre pour le changement 

Au-delà du cadre législatif, plusieurs facteurs démontrent que l’industrie québécoise est désormais prête pour cette transition : 

  • L’évolution des pratiques contractuelles : La SQI et d’autres donneurs d’ouvrage majeurs ont déjà mis en place des mécanismes de partage des risques, notamment pour faire face à l’inflation des matériaux suite à la pandémie. 
  • L’émergence de la notion de « juste prix » : Le Conseil du Trésor a notamment innové avec l’évaluation des offres de services professionnels basée sur la proximité à la médiane plutôt que sur le plus bas prix. 
  • Le développement d’une expertise locale en facilitation : Des professionnels québécois ont développé une expertise unique en animation d’ateliers collaboratifs et en accompagnement des équipes de projet. 
  • La volonté d’innovation : La recherche de solutions pour améliorer l’efficacité et la productivité pousse naturellement vers des approches qui intègrent l’ensemble des parties prenantes dès la conception. 

Des références internationales inspirantes de modes collaboratifs en construction

D’autres pays ont déjà adopté ces nouvelles pratiques avec succès. L’Australie, par exemple, a mis en place des modes de réalisation intégrés.  Ceux-ci permettent une meilleure répartition des responsabilités et une réduction significative des litiges. Ces modèles s’inspirent d’une approche où toutes les parties prenantes sont impliquées dès la conception du projet. Cette approche garantie une meilleure compréhension des objectifs et des contraintes de chacun. 

Les modes collaboratifs exigent un comportement distinct qui diffère significativement de l’approche traditionnelle. C’est précisément ce changement de paradigme qui s’opère actuellement au Québec. 

Les modes collaboratifs : vers une nouvelle culture de projet 

Passer à un mode collaboratif ne signifie pas seulement modifier les contrats. C’est une transformation profonde qui touche la culture organisationnelle, la façon dont les équipes communiquent et la manière dont les décisions sont prises. 

Quelques principes clés des modes collaboratifs : 

  • Engagement mutuel : Toutes les parties doivent être prêtes à collaborer activement. 
  • Alignement des objectifs : Les objectifs du projet doivent être partagés et compris par tous. 
  • Prise de décision conjointe : Fini les décisions imposées unilatéralement, les choix stratégiques doivent être validés en équipe. 
  • Transparence et partage des risques : Les risques sont identifiés et répartis équitablement, plutôt que d’être transférés à une seule partie. 
  • Confiance et respect : Les valeurs fondamentales sans lesquelles aucune collaboration véritable n’est possible. 

Pourquoi ce changement est nécessaire 

La transition vers les modes collaboratifs répond à une double nécessité : 

  1. Améliorer la performance des projets : Moins de conflits, moins de dépassements de coûts, des délais mieux respectés. 
  2. Favoriser l’innovation et l’efficacité : En réunissant dès le départ les experts clés (concepteurs, entrepreneurs, donneurs d’ouvrage), on favorise des solutions plus performantes et adaptées aux besoins réels du projet. 

Cette évolution répond également aux défis actuels du marché de la construction :

  • surchauffe,
  • pénurie de main-d’œuvre,
  • complexité croissante des projets,
  • attentes plus élevées en matière de durabilité et de performance. 

Conclusion 

L’industrie québécoise de la construction est à un tournant. Le passage à des modes collaboratifs en construction n’est plus une option. C’est une nécessité pour améliorer l’efficacité des projets et bâtir une relation de confiance durable entre les parties prenantes. 

Cette transition peut sembler complexe. Mais, elle représente une opportunité unique d’optimiser la gestion des projets et d’innover dans les pratiques du secteur. En intégrant progressivement des approches collaboratives adaptées au niveau de maturité de chaque organisation, les acteurs du secteur pourront non seulement améliorer la performance de leurs projets. Ils pourront aussi créer un environnement de travail plus stimulant et valorisant pour tous les participants. 

Dans les prochains articles, nous explorerons  :

  • comment réussir la transition vers une culture de collaboration en construction;
  • le rôle des facilitateurs dans cette nouvelle dynamique;
  • comment mesurer concrètement la collaboration dans vos projets.